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Stress patronal : « Reconnaître la difficulté, c'est devenir un loser »
Par Guillemette Faure | Eco89 | 02/11/2009 | 10H36
Le « stress du licencieur », un sujet indécent ? Ou bien une façon de sortir du discours traditionnel sur « l'aliénation du travail » ? La création d'un observatoire du stress des petits patrons vous a fait réagir.
Watashi_baka met les choses au point :
« On parle du petit patron, celui qui commence par arrêter de se payer en période difficile, celui qui a un crédit important sur le dos et qui sait qu'en cas de faillite, les huissiers vont venir saisir sa maison.
On parle de celui qui a un ouvrier et un apprenti, avec parfois, comble du luxe, une secrétaire a temps partiel.
On parle de celui qui connaît le prénom des conjoints de ses employés et dont les enfants vont dans la même école que ceux de ses employés… »
Dirigeant une PME de quinze salariés, Amonhumbleavis rappelle que « si on est patron, c'est autant pour l'aventure humaine que pour l'aspect professionnel et économique, (…) on était bien plus pénards et en sécurité en étant salariés » et se fait l'écho du stress décrit par Olivier Torres :
« Nous avons entamé la mort dans l'âme une procédure de licenciement économique de deux salariés, nos salaires ont déjà été baissé/bloqué. Nous vivons à l'affût de l'opportunité, de la commande qui va nous permettre de finir l'année sans licencier. Autour de nous, nos sous-traitants, nos fournisseurs, nos clients PMI ou gros groupes licencient, chôment…
Au début on s'efforce de maintenir l'emploi, même si la trésorerie ne suit plus et que les banquiers nous assiègent. On dépense une énergie folle en prospection, en visites commerciales.
Au bout de quelques mois il faut prendre les mesures adéquates car en cas d'incapacité de paiement d'un de nos fournisseurs, nous ne serions plus garantis par la SFAC (entre autres), nous ne pourrions donc plus rien acheter (sauf comptant) et c'est l'activité de toute l'entreprise qui serait fortement menacée… »
« La mort de ce qui a été sa création, un deuil douloureux et long »
Daniel Carré se souvient de ses quinze ans passés comme chef d'une TPE (très petite entreprise), « j'ai pu faire des choses très passionnantes, mais avec des sueurs froides, car tout mon patrimoine était en garantie aux banquiers, pour financer de six à neuf mois de chiffre d'affaires en compte client ».
Ex-cadre dirigeant d'une grande multinationale pétrolière, il voit la différence :
« Si problème, le meilleur spécialiste de la place était disponible. Alors qu'indépendant je devais décider seul. »
Il raconte son expérience, devenu militant à Solidarité nouvelle face au chômage :
« J'ai accueilli en début d'année 2009 un homme qui avait perdu son entreprise. Pas d'Assedic, plus de patrimoine, une déprime effroyable d'avoir vu sombrer ce qu'il avait créé et que les transformations économiques de son secteur avait broyé sous lui !
La perte d'emploi est également tragique à 55 ans, mais la mort de ce qui a été sa création détruit toute perspective, un deuil douloureux et long qui s'ajoute à la perte de revenu. »
Quant à la solitude du petit patron évoquée par Olivier Torres, on en trouve un écho dans ce que résume vol19 :
« Reconnaître la difficulté rencontrée, la souffrance, la déprime, les difficultés matérielles, c'est devenir un pestiféré, un loser, bref quelqu'un qui colle la poisse, avec qui on ferait mieux de prendre de la distance… »
Souffrances patronales, il y en a que ça fait grincer
Michel 13 en témoigne :
« En tant que militant syndical, pendant des années j'ai accompagné des salariés (ayant reçu leur lettre de licenciement) à l'entretien préalable au licenciement que l'employeur devait obligatoirement avoir avec le salarié licencié.
Et là, il n'y avait pas photo, celui des deux qui était abattu, effondré, qui souffrait un maximum de sa perte d'emploi et de revenu n'était pas l'employeur mais bien le salarié licencié. Et plus d'une fois, l'employeur en profitait pour ne pas régler tout ce qu'il devait à son salarié, notamment les heures supplémentaires.
Je ne veux pas généraliser mais sur une centaine d'entretiens préalables au licenciement à laquelle j'ai participé je n'ai jamais vu un patron désespéré, triste ou affecté, j'ai souvent vu des petits patrons satisfaits de se débarrasser d'un salarié pour des motifs plus ou moins évidents.
(…) Mon expérience personnelle me laisse un peu douter du “stress du licencieur”. »
Pour Alberich, il serait donc plus juste de parler des souffrances patronales des toutes petites entreprises :
« Il s'agit plutôt de l'observatoire des TPE que des PME. Une PME peut avoir 250 salariés et dans ce cas les éventuels plans sociaux n'entraînent guère d'états d'âme chez les dirigeants. (…)
D'ailleurs, les relations trop proches entre les patrons de TPE et leurs salariés posent plus de problèmes qu'autre chose. Les licenciements sont retardés au delà du raisonnable, et parfois l'entreprise, étant incapable de licencier faute de moyens financiers, se trouve acculée à une procédure collective, souvent une liquidation au vu de sa petite taille et du peu d'intérêt de sa reprise. »
Plusieurs d'entre vous saluent cette nouvelle piste de la recherche. Anthropia, à qui le discours sur l'aliénation du travail donne des boutons, apprécie « un discours qui nous change de la mise à mort du travail » et d'une vision monolithique des médias sur le travail :
« Tant qu'on verra dans chaque salarié une victime, et dans chaque patron un abuseur, on ne fera pas avancer le schmilblick. »
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De WeWillWin
Indécise | 11H25 | 02/11/2009 |
Les TPE (entreprises employant moins de 10 salariés) sont très largement majoritaires en France :
- 0 salariés ~ 1 800 000 entreprises
- 1 à 10 salariés ~ 1 000 000 entreprises
- 10 salariés et + ~ 200 000 entreprises
La proportion d'employeurs malhonnêtes ou exploiteurs je ne la connais pas. La proportion d'employés malhonnêtes ou profiteurs non plus.
Je crains que la première soit supérieure à la seconde, pour autant il ne faut pas généraliser et je pense qu'un statut spécifique aux "petits" patrons faciliterait leur vie professionnelle.
Un statut spécifique aux salariés des TPE serait aussi à étudier afin de mieux défendre leurs droits (très peu de syndicats présents dans les TPE).
Dans les deux cas, le risque est que, une fois de plus, chacun essaie de tirer la couverture à soi. L'honnêteté de l'employeur et celle des salariés est la valeur prépondérante.
Je pense que les TPE où cette valeur est présente sont celles qui réussissent vraiment. C'est à dire humainement et matériellement.
De Lohiel
non-officiel89.forumactif.net | 11H31 | 02/11/2009 |
Ce que vous dites est absolument vrai pour les très petits (indépendants ou boîte de 3-4 personnes).
Il est devenu extrêmement risqué de créer son emploi, par rapport aux années 80 (et pire encore de créer des emplois pour d'autres), parce tout est conçu pour favoriser les grosses boîtes et les concentrations.
Perso (je vendais divers services en matière d'écriture), c'est à la seconde Guerre du Golfe que j'ai jeté l'éponge : le jeu n'en valait vraiment plus la chandelle. La déprime a figé ma clientèle ... et les charges continuaient à courir, en me mettant carrément en danger.
Ce genre de soubresauts étaient devenus de plus en plus fréquents à travers les années. Impossible de tenir si vous n'aviez pas une famille derrière qui assume le fait que vous soyez obligé de bosser 15h par jour pour tirer un smic ou moins (donc surtout pas femme seule avec enfants, par exemple).
On vous demande les mêmes choses qu'à des gens qui ont trente fois plus de moyens, et ceci même si votre activité c'est d'aller vendre de la confiture sur les marchés.
Je crains d'ailleurs beaucoup pour les gens qui ont plongé dans le statut d'auto-entrepreneur, tout ça semble une belle arnaque, destinée encore une fois à plumer les plus pauvres en leur faisant miroiter le prestige de "celui qui s'en sort tout seul malgré l'adversité"... parce que la clientèle est devenue aussi rare, dans des tas de domaines, que l'eau en plein Sahara... ça "on" ne leur dit pas - et "on" n'en tient aucun compte quand on leur envoie leurs charges à payer.
De Lictor
informaticien | 11H49 | 02/11/2009 |
Oui, enfin, ton exemple, tu es déjà dans la PME, plus dans la TPE...
La TPE typique, c'est un salarié qui se met à son compte. Et puis qui n'arrive plus à faire face aux demandes de ses clients (quantité, diversité) et qui se retrouve à recruter des salariés pour l'épauler : secrétaire pour ne plus avoir à passer la moitié de sa journée au téléphone, comptable pour ne plus passer ses nuits à récupérer sa TVA, un collègue pour l'épauler... En gros, on commence indépendant, parce qu'on en à marre d'avoir un patron au dessus de soi, puis on se retrouve rapidement patron avec 2-3 salariés. C'est en tout cas les expériences que je vois autours de moi...
Quoi qu'il en soit, le licenciement fait partie des réalités d'une entreprise, que ça soit pour un patron ou pour un cadre. On peut d'ailleurs inverser le raisonnement : dans une entreprise qui fonctionne, ne pas licencier un salarié qui fait mal son travail, c'est priver d'emploi un chômeur plus compétent qui pourrait être recruté à sa place. C'est également compromettre le travail des autres salariés qui doivent bosser plus pour compenser, qui voient leur salaire bloqué pour absorber la perte de rentabilité, qui doivent supporter une ambiance plombée par un salarié hostile ou je m'en foutiste...
Le problème n'est pas tellement le licenciement, c'est surtout la rigidité des recrutements et de la société qui fait que le chômage devient une sanction plutôt qu'une étape intermédiaire et courte entre deux postes...
Etre à la tête d'une entreprise, ou cadre, impose effectivement des choix difficiles et stressant. Faut-il garder le salarié hostile et qui ne fout pas grand chose et ne pas recruter la stagiaire bien plus méritante, ou licencier le salarié pour pouvoir recruter la stagiaire qui s'est mieux intégrée à l'équipe et qui attend de pouvoir entrer dans le monde du travail? Les choix ne sont pas forcément simples...
De Lictor
informaticien | 11H57 | 02/11/2009 |
Tout à fait d'accord. La France est totalement inadapté à la création de TPE, alors que c'est pourtant là qu'est l'essentiel de l'emploi et de l'innovation...
J'ai débuté par une startup, à l'époque où il était encore possible d'avoir de gros investisseurs. Mais avant l'arrivé des investisseurs, la situation a souvent frolé la catastrophe. Entre les banques qui ne joue absolument pas le jeu, les clients qui paient à 60, 90 voire 120 jours, la paperasse à gérer... En gros, la boite n'a tenu ses premiers six mois que parce que personne n'était payé, que nous bossions en appartement et que des PC représentent un investissement pas trop cher...
Pourtant, 4 ans plus tard, la boite comportait 70 salariés, donc une vraie création d'emploi et d'innovation. Mais au lieu d'être aidé par l'Etat, il y a plutôt l'impression de faire un parcours du combattant...
Il est affligeant de voir à quel point le gouvernement se fout des petites entreprises au profit des grosses, qui emploient très peu de monde et détruise de l'emploi. Il n'y a que des gadgets à double tranchants de temps en temps, comme le CPE/CNE ou le statut d'auto-entrepreneur...
De alberich 84604
fumiste | 12H07 | 02/11/2009 |
Schéma classique d'une entreprise créée sans capitaux sur un élan enthousiaste des fondateurs qui ont juste omis de faire un business plan qui prenne en compte non pas les marges mais le fond de roulement.
Ce que décrivez en sont les conséquences, travail gratuit pour palier l'absence de capitaux, mesure insuffisante qui a été solutionnée par les apports d'investisseurs extérieurs.
Les banques " qui ne jouent pas le jeu", mais de quel jeu parlez vous ? A ce que je sache les banques ne sont pas commanditaires de votre affaire et n'ont pas de raisons, fautes de suretés réelles apportées en garantie, de mettre plus d'argent sur la table que vous n'en mettez vous même.
Quand à l'Etat, à part des mesures fiscales et sociales en faveur des nouvelles entreprises que peut-il faire de plus, l'argent public n'a pas vocation à financer l'activité privée, juste à la favoriser pour autant qu'elle aille dans le sens de l'intérêt public.
De Lictor
informaticien | 12H59 | 02/11/2009 |
Ce qui n'est pas forcément un vrai problème. Une entreprise qui marche avec une gestion saine arrive à absorber les coûts salariaux sans trop de mal.
Le problème est surtout au démarrage : passer le cap des deux ans est actuellement extrêmement délicat. Pour avoir une gestion saine à long terme, il faut souvent passer par une étape où la gestion est complètement déficitaire : investissements, recrutements, formations... Faute de pouvoir la faire, beaucoup d'entreprises se mettent en mode survie alimentaire et passent leur existance à gérer la fuite en avant jusqu'au mur...
L'autre problème, c'est le recrutement. Autant la difficulté de licenciement n'en est pas une pour les grandes entreprises et les grosses PME, autant pour les TPE, ça pose un réel problème. Notamment parce que ça impacte non seulement le patron, mais également l'ensemble des salariés. Sans pour autant être pour le CNE/CPE (mal foutu, pas de contre-parties...), il manque vraiment des outils spécifiques au TPE et PME de taille humaine (<30 salariés) qui permette un peu de souplesse sans pour autant léser des salariés déjà pas mal désavantagés par rapport à ceux des grands groupes (pas de CE, pas d'épargne salariale, pas de plan de carrière...).