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Chine : la croissance repart, les réformes sociales restent à faire
Par Jean-François Huchet | Centre d’Etudes Français sur la Chi... | 08/11/2009 | 16H48
Au moment où l'amnésie dans les milieux financiers internationaux se répand aussi vite que la grippe A, les résultats du plan de relance massif décidé en novembre 2008 semblent effacer toutes les craintes et critiques prononcées à l'encontre du modèle de croissance chinois. L'investissement a repris de plus belle, l'immobilier tourne à nouveau à plein régime, et les 20 millions de migrants licenciés par les patrons des usines du littoral ont retrouvé un emploi dans les grands travaux d'infrastructures.
Bref, tout est bien qui finit bien : le chiffre miraculeux des 8% de croissance du PIB devrait être atteint sans problème à la fin de l'année. Cette lecture rapide et superficielle du plan de relance et de la sortie de crise en Chine pose néanmoins problème.
Financiarisation accrue de l'économie
Le plan de relance a tout d'abord renforcé des tendances déjà perceptibles avant la crise d'une financiarisation de l'économie potentiellement dangereuse.
On estime que près de 20% des fonds alloués dans le cadre du plan de relance (118 milliards d'euros par l'Etat et 740 milliards d'euros de nouveaux crédits par les banques) ont été placés par les entreprises de manière spéculative sur les bourses de Shanghai et de Hong Kong. Cette pratique permet aux entreprises de gonfler leur profit de manière artificielle et d'augmenter leur capacité d'endettement.
En lien direct avec ces pratiques, les mesures prises par le gouvernement en faveur de la relance du marché immobilier ont incité les grandes firmes industrielles à renforcer leur diversification vers l'immobilier au détriment de leur cœur de métier.
Alors que les besoins portent plutôt sur le logement social, leurs investissements s'orientent sur des projets immobiliers résidentiels de luxe et de bureau où les marges de profits sont potentiellement plus élevées, mais où les risques de bulles sont plus importants.
Le retour des sociétés d'Etat
Le plan de relance a également renforcé la position du secteur d'Etat dans l'économie qui a reçu la majeure partie des fonds du plan de relance. La gouvernance des entreprises d'Etat et le contrôle du risque dans le secteur bancaire ont certes progressé par rapport aux années 1990. Néanmoins, les firmes du secteur public continuent de prendre beaucoup de libertés avec le crédit bancaire dans l'utilisation des fonds et le remboursement en cas de difficultés.
De son côté, le secteur bancaire est moins regardant avec les entreprises d'Etat qu'il ne l'est avec les entreprises du secteur privé. Outre la remontée quasi certaines des créances douteuses dans le secteur bancaire d'ici quelques années, la surproduction, qui est un problème récurrent dans l'économie chinoise, devrait elle aussi s'accentuer dans bon nombre de secteurs.
Par ailleurs, l'Etat central, qui avant la crise souhaitait favoriser la concentration pour des multiples raisons allant de l'efficacité industrielles aux économies d'énergie, risque une nouvelle fois d'échouer dans ses projets.
La baisse de la part des ménages s'accentue
Enfin, le plan de relance, en donnant la primauté aux investissements (89% des fonds contre seulement 8% au profit de la consommation) dans les infrastructures et dans l'immobilier sans aménagements de type « fordistes » liés au partage de la croissance (négociations collectives, création de contre pouvoir par les syndicats, généralisation d'une protection sociale universelle) a visiblement accentué le partage défavorable de la valeur ajoutée pour les ménages.
Les chiffres semblent déjà le confirmer puisque le taux d'investissement sur le PIB a encore augmenté et frôle désormais les 45%, battant des records historiques mondiaux.
Cette tendance lourde de l'économie chinoise, qui est apparue au début des années 90 et qui s'est accélérée depuis 2002 (la part des ménages dans le partage de la valeur ajoutée étant passée de 72% à 56% durant cette période), devrait ainsi continuer.
Or plusieurs études publiées récemment indiquent que c'est le partage de plus en plus inéquitable des fruits de la croissance, et non pas comme on l'entend souvent la faiblesse de la protection sociale et les coûts de l'éducation, qui serait la raison première expliquant la sous consommation en Chine.
Les déséquilibres du modèle chinois
Au total, les dirigeants chinois ont cherché à substituer le ressort de la demande externe qui s'est épuisée avec la crise par une stimulation de l'investissement à destination domestique. Ils ont paré au plus pressé avec une grande efficacité pour endiguer la montée du chômage.
Néanmoins, les déséquilibres du modèle de croissance chinois restent béants. Même s'il est encore trop tôt pour analyser la politique économique post crise des dirigeants chinois, celle-ci devra revenir très rapidement sur le chemin des réformes.
Cette politique dépasse la relance par l'Etat de l'investissement. Elle devra aussi comporter la dimension sociale, voire politique, des compromis keynésiens avec la mise en place de négociations collectives sur le partage et l'orientation de la richesse nationale.
Il est possible que ce soit le Parti communiste lui même qui conduise dans un instinct de survie auquel il nous a habitué, la mise en place de ce compromis via le projet de la « société d'harmonie ».
Mais tout retard dans la mise en place de cette politique ne manquerait pas, comme le montre bon nombre de cas dans l'histoire économique, de la crise japonaise des années 80 à celle récente des subprimes, d'alimenter un terrain propice à une crise économique de plus grande ampleur.
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De Liger
liger.amsud.net | 18H03 | 08/11/2009 |
C'est décidément extrêmement difficile de qualifier, idéologiquement, le régime chinois.
On a un mélange d'autoritarisme d'état qui ressemble à celui des Soviétiques, qui pratique une politique anti-keynésienne digne des pires ultra-libéraux, extrêmement nationaliste dans ses choix avec des relents de patriotisme hitlérien d'avant-guerre, tout en employant des ressorts financiers tout droit sortis de la City...
Une sorte d'hybride, qui s'affranchit largement des standards démocratiques et humanistes de ce siècle.
Le XXIème siècle est-il en train de prouver que l'esclavage est la forme la plus aboutie de la compétitivité ?
à Liger
De Bebert Cassandre
22H00 | 08/11/2009 |
Non, ça c'est déjà prouvé. Mais s'il faut comparer cette forme d'esclavage à des formes plus anciennes, nous nous apercevrons que l'esclave, aujourd'hui, se présente lui-même au travail, son boulet sous le bras. Bientôt, si nous n'y prenons pas garde, l'homme revendiquera son statut d'esclave. Les Victor Schoelcher de demain se feront lyncher par ceux là même qu'ils voudront affranchir. La liberté dans l'esclavage. Un thème de réflexion qui ne manquera pas de sel dans les prochaines années!!! Mais notre siècle n'est-il pas celui des oxymores?
à Liger
De chengyang
22H18 | 08/11/2009 |
"une politique anti-keynésienne digne des pires ultra-libéraux"
Ah, bon? Un plan de relance de 1000 M d'Euros, c'est pas du keynésianisme?
à chengyang
De Liger
liger.amsud.net | 23H51 | 08/11/2009 |
Je cite l'article :
"[...] Enfin, le plan de relance, en donnant la primauté aux investissements (89% des fonds contre seulement 8% au profit de la consommation) [...]"
Soit 80M d'euros de relance par la consommation, pour 1 338 613 000 habitants, ça fait 6 centimes par habitant.
C'est Keynes qui aurait été content...
à Liger
De chengyang
13H23 | 09/11/2009 |
Le problème est que le keynésianisme, c'est D'ABORD la relance par les investissements!
De pablico
18H55 | 08/11/2009 |
a-t-on tiré une leçon de la crise?
elle n'est pas encore finie, qu'on recommence comme avant.
les mêmes causes produisent les mêmes effets..
En supposant ainsi qu'une même cause produit toujours le même effet, la raison dispose d'un critère de connaissance. Tout effet a une cause et dans les mêmes conditions la même cause produit les mêmes effets.
l'homme est-il raisonnable?
De Le Yéti
yetiblog.org | 19H15 | 08/11/2009 |
TROMPE L'OEIL
Attention, la reprise de la croissance chinoise est plutôt en trompe l'œil. Elle s'explique essentiellement par les contraintes imposées par l'État chinois aux banques chinoises, sommées d'investir massivement dans de grands travaux surdimensionnés (75% de crédits en plus dans les neuf premiers mois de 2009, par rapport à l'ensemble de l'année 2008).
Les spécialistes crient au feu devant la menace de surchauffe que cela risque d'entraîner. Une fuite en avant qui se traduit aussi par une explosion de la dette publique. Syndrome très américain, en quelque sorte.
Source : En Chine, le retour d’une forte croissance fait craindre l’apparition de bulles (lemonde.fr du 23/10/09)
De General Subverciòn
viva Makhnovchtchina | 19H39 | 08/11/2009 |
les réformes sociales au bénéfice de la population, en Chine,s'ils avaient eu l'intention d'en faire,depuis 1948,ils auraient eu largement le temps...à mon avis,ça ne fait pas trop partie de leurs préoccupations...un peu comme les droits de l'homme....
De remdom
19H59 | 08/11/2009 |
" les réformes restent à faire." Belle sentence, quoiqu'un tantinet prétentieuse, vu d'où l'on parle et de quoi l'on cause.
Je ne suis pas sûr d'avoir trouvé sur le site de Rue89 l'information concernant la décision du gouvernement ou du Parti Communiste Chinois, prise voici quelques mois, d'imposer la mise en place d'un syndicat dans chaque entreprise du pays. Ce qui est une réforme majeure. On en rêverait presque, en France, où tous les mouvements de grève aboutis bénéficient aux 90% de salariés non syndiqués, et où les militants syndicaux sont réprimés souvent, trop souvent.
Si l'on tient compte de la proportion d'entreprises chinoises dépendant de capitaux étrangers, que j'ignore précisément, on peut se demander si les réformes ne dépendent pas aussi des investisseurs étrangers. Je pense par exemple à Wal Mart, célèbre dragon américain....
Merci à l'auteur de confirmer ou de compléter...
à remdom
De Pierre Haski
9
Rue89 | 20H44 | 08/11/2009 |
Vous pourriez compléter votre information en précisant que c'est un syndicat unique, affilié au Parti communiste chinois au pouvoir, ça permettra de relativiser l'avancée dont vous faites état. Toute comparaison avec la situation française est de ce fait un peu faussée, vous l'admettrez. On n'est même pas dans la cogestion à l'allemande, on est dans l'encadrement et le racket dans la plupart des cas. Je ne suis pas sûr que si nous avons à retirer des leçons du "modèle chinois", nous devrions commencer par celle-là.
à remdom
De chengyang
22H33 | 08/11/2009 |
Vous avez raison : pas d'info non plus sur la réforme du système de retraite lancée cet été qui permet aux agriculteurs de bénéficier d'un minimum vieillesse.
La politique chinoise est celle des "petits pas", ça n'est pas très spectaculaire et donc pas très vendeur auprès de l'opinion publique occidentale; c'est peut-être la raison pour laquelle vous ne trouverez pas ce genre d'info sur Rue89!
Il y a aussi une raison plus profonde (plus idéologique, pourrait-on dire...), qui est que Pierre Haski confond la Chine pop d'aujourd'hui et la RDA de 1989 : c'est la raison pour laquelle su la ligne éditoriale de Rue89 consiste à affirmer est que le pays est proche de l' effondrement, que la crise sociale et économique est imminente etc... La bonne tenue de l'économie chinoise face à la crise financière et les excellentes décisions prises par le gouvernement chinois face à celle-ci montrent qu'il s'agit une grave erreur d'interprétation!
à chengyang
De Pierre Haski
9
Rue89 | 22H51 | 08/11/2009 |
Vous voulez parler de l'expérimentation de la retraite pour les paysans lancée dans 10% des districts chinois (ça serait biend de donner des faits précis, non ?) ? Nous parlons régulièrement des changements en Chine, vous n'êtes pas très honnête en disant ça, par exemple, sur le monde rural justement :
http://www.rue89.com/chinatown/2008/10/07/la-terre-a-ceux-qui-la-travail...
Quant à la comparaison avec la RDA ou même l'Union soviétique, je vous mets au défi de trouver la moindre ligne en ce sens sous ma signature tant dans ma correspondance de Libé, que dans mes livres ou sur mon blog... Ou même l'annonce d'un quelconque effondrement. Cette caricature ne vous honore pas.
à Pierre Haski
De chengyang
13H44 | 09/11/2009 |
Oui, c'est bien de cette réforme dont je voulais parler! Y a-t-il eu un article là-dessus sur Rue89? Encore une fois, la méthode des "petits pas" est celle choisie par les gouvernements chinois successifs depuis 1980 pour tester les réformes de fond avant des les appliquer dans l'ensemble du pays (ce fut le cas par exemple avec l'expérimentation du libéralisme économique d'abord dans les ZES avant son extension sur l'ensemble du territoire de la RPC).
En effet, la référence à la RDA ou à l'URSS n'est certes pas explicite dans vos articles, mais elle est implicite lorsque, par exemple, vous ne manquez pas de comparer le défilé de la fête nationale chinoise à ceux de la place rouge à l'époque soviétique ou bien lorsque (à propos d'un article sur le maoïsme, si je me souviens bien) vous choisissez d'illustrer votre propos par une photo d'une salle de restaurant où Staline apparaît au 1er plan... Personnellement, depuis presque 30 ans que j'arpente la Chine en tous sens, je n'y ai jamais vu portrait de Staline ! Cette illustration est donc un choix délibéré de votre part et celui-ci a bien une signification!
De Pierrrrre
21H08 | 08/11/2009 |
"La Chine....les réformes sociales restent à faire"
► Ah bon? elle ne sera plus communiste?
De Compte supprimé le 3 janvier 2
Collectionneur d'armures. | 07H58 | 09/11/2009 |
Pour faire des réformes sociales, ils devraient venir nous demander conseil: on est les grands spécialistes. Ou, comment ruiner rapidement un pays en 10 leçons...
à Compte supprimé le 3 janvier 2
De tilou_
Chat de garde | 08H07 | 09/11/2009 |
"comment ruiner rapidement un pays en 10 leçons" Votre maimaître s'y emploie!
De tlaloc
Retraité | 09H27 | 09/11/2009 |
Dans le cadre de leurs accords le PCC va demander l'avis de l'UMP
De Disciple ressucité
Tiens, il pleut. | 10H02 | 09/11/2009 |
La réalisation de tels profits nécessite un état autoritaire pour produire au moindre coût. Maintenant que les marchés occidentaux ne suffisent plus à absorber la production chinoise (baisse du pouvoir d'achat et chômage liés aux délocalisations), il va falloir trouver des débouchés à l'intérieur de la muraille. Je ne vois pas comment cela peut se faire sans l'émergence d'une classe moyenne et donc d'un perte d'autorité du gouvernement chinois.
S'y ajoutent les dérives spéculatives et les catastrophes écologiques... l'avenir s'annonce radieux.
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 12H34 | 09/11/2009 |
[ "Chine : la croissance repart, les réformes sociales restent à faire" ]
...et elles se feront probablement...à leur cadence bien sur !
¤ Félicitations à la Chine, parce que chez nous, on détricote le "SOCIAL" à tour de bras !
- S'ils veulent avancer, ils ne doivent pas prendre exemple sur nous.
° Certains sont prompts à donner des conseils, alors qu'ils n'ignorent pas qu'on ne gère pas un pays de plus de deux milliards d'habitants comme n'importe lequel, qui par exemple n'en compterait que 70 millions, et qu'is ont beaucoup de mal à appréhender dans l'intérêt de toute sa population !