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ONG : enquête sur le business des donateurs
Par David Servenay | Rue89 | 09/11/2009 | 12H31
Dans « Donateurs, si vous saviez », Marc Reidiboym dévoile les coulisses de ce business très lucratif. Extraits.

« Bonjour Madame, Monsieur, vous avez deux minutes ? … » Face à vous, un ou une étudiante qui va vous réclamer un don pour une ONG. Croix-Rouge, Aides ou Médecins du monde : tous les poids lourds de l'humanitaire usent du street marketing pour recruter des donateurs. En faisant appel à de vrais pros, rémunérés. Le livre « Donateurs, si vous saviez » enquête sur ce phénomène de rue.
Marc Reidiboym en avait assez d'être pris pour un gogo sans coeur. C'est en regardant le Téléthon et son spectacle parfois culpabilisant que ce journaliste spécialisé dans la grande distribution a décidé d'enquêter sur les techniques marketing des ONG. A commencer par les ressorts utilisés par les grands shows télé qui usent (et abusent) de l'émotion pour ouvrir les portefeuilles.
De cette plongée (notre homme se fait embaucher par ONG Conseil, société spécialisée dans le recrutement de donateurs) dans l'humanitaire, on ne ressort pas indemme. Un exemple : si vous acceptez de donner une dizaine d'euros par mois, par prélèvement mensuel, il faudra entre 8 et 12 mois avant que le coût de votre « recrutement » ne soit amorti et que le don arrive enfin dans les poches de l'association retenue ! Un dispositif inventé par Greenpeace.
Y-a-t-il un modèle vertueux de développement pour les associations ?
Autre point fort de cette enquête : la comparaison entre plusieurs associations ayant fait des choix de développement très opposés. Des Restos du coeur au Secours populaire, en passant par l'Association française contre la myopathie (AFM) et bien d'autres, l'auteur dresse un tableau parfois inquiétant du monde associatif lorsqu'il se trouve confronté à la logique marchande.
Dans ce paysage, l'Etat ne brille pas par son souci d'efficacité. L'enjeu est pourtant de taille : les 20 premières associations françaises collectent plus de 1,1 milliard d'euros chaque année. Or, une grosse ONG faisant appel à la générosité publique risque de se faire contrôler par la Cour des comptes trois fois par… siècle. Quant au Comité de la Charte, son action est pour le moins inexistante, aucune association n'ayant jamais été radiée.
Dernier détail : cette enquête est éditée par Bertrand Gobin, éditeur indépendant dont il faut souligner à la fois les choix judicieux de sujet (L'Empire Mulliez, Le système Leclerc…) mais aussi la marque de fabrique qui consiste à raconter les ressorts de l'enquête en même temps que son déroulement. Vivifiant, à l'heure où les fast book s'écrivent plus vite qu'ils ne sont lus. Rue89 publie les bonnes feuilles du livre à paraitre jeudi, ainsi que l'interview vidéo de son auteur.
► Donateurs, si vous saviez… de Marc Reidiboym (éditions Bertrand Gobin, 19 euros).
► Lire le premier extrait : « Une société spécialisée dans la quête du don » et voir la vidéo
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De hiaw
Sur Terre | 14H19 | 09/11/2009 |
Cet article me fait chier, je suis donateur pour Care et Handicap international, et c'est vrai que je m'étais demandé pourquoi payer des gens qui demandent des dons, c'est débile
et puis dans le doute je me suis dit autant que je crache pour les petits africains (entre autre) mais quand je lis l'article j'ai tout de suite envie d'arrêter mes dons ....
J'arrive pas à me faire une idée
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H37 | 09/11/2009 |
Moi , de part mon expérience professionnelle (courte et horrible) dans les échanges de fichiers de presse d'abonnés avec la plupart des grandes ONG de donateurs, les seuls qui m'ont paru scrupuleusement honnêtes, intelligents, vraiment professionnels et réfléchis, ce sont ceux du Secours Catholique .
Je tenais à l'écrire publiquement ici et je précise que je ne suis pas catholique .
De Emilie B
Humanitaire | 14H58 | 09/11/2009 |
Pour répondre à plusieurs réactions vu ici, alors que je connais un peu le milieu ...
1) Oui ce sera normalement aux Etats de s'occuper des populations qui en ont besoin, ce serait dans un monde parfait. Or c'est pour le moment difficile dans beaucoup de pays, les ONG sont donc un moyen de pallier à ce manque et de permettre à certaines personnes de vivre mieux.
2) Les dons de particuliers dits dont privés, différents des dons publiques fait par des bailleurs de fond ou l'Etat, permettent aux ONG d'être indépendantes et d'agir où elles le veulent, dès qu'une crise survient.
3) Oui les petits gadgets que vous recevez dans vos boîtes aux lettres ont un coût, mais celui-ci est dérisoire comparé à ce que gagne une ONG en retour à ces sollicitattions. Sinon elle ne le ferait pas.
4) En règle générale, pour chaque don, 75% va directement sur le terrain, 12 à 13% finance la communication et le marketing, 7% les coûts opérationnels, etc.
5) L'humanitaire n'est aujourd'hui plus fait pas des bénévoles. En effet, son action nécessite d'avoir des gens expérimentés, qui savent de quoi il retourne et ce qu'il faut faire sur le terrain, sur le long terme. Or c'est très difficile de fonctionner comme cela avec des bénévoles. De plus, y aurait-il réellement une mission sociale de l'ONG si elle ne rémunerait pas les gens qui travaillent pour elle et les laissaient "dans la merde" ? Même avec toute la bonne volonté du monde et l'engagement que l'on peut avoir, il faut bien manger à la fin du mois.
6) Je ne dit pas que tout est parfait, tout transparent ni tout rose. Mais il faut savoir que les grandes ONG (MSF, MDM, ACF, HI, etc.) sont sans arrêt controlées, qu'elles doivent rendre compte sur le plus petit de leurs achats, et qu'il est donc rare qu'il y ait détournements etc.
De zvib
être humain | 15H22 | 09/11/2009 |
Cet article me perturbe un peu.
Je suis donateur a handicap international, aide et action et aides.
1) J'ai été recruté par du "street-marketing", à chaque fois j'ai bien demandé si la personne était payée et on m'a à chaque fois répondu que c'était du bénévolat. Qui croire?
2) Les courriers de handicap international avec des béquilles en bois ou d'action contre la faim avec des pipettes etc me surprennent. Déjà, j'ai demandé à être informé par des newletter en pdf par mail et je ne reçois que les rapports annuels et reçus fiscaux par la poste. Si ces associations utilisent réellement autant d'argent pour envoyer tout cela à leur donateur ou pour essayer d'en recruter de nouveaux c'est clairement scandaleux...
3) Les ONG sont toujours des solutions pour essayer de régler ce que les politiques n'ont absolument pas l'envie/le courage/l'intelligence ne serait-ce que d'essayer de régler. Les réponses du type "le mieux est d'aller aider soi-même" sauf dans le cadre de congés de solidarité (http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F92.xhtml) sont impossibles à mettre en oeuvre pour la plupart d'entre nous...
Alors que faire mes amis?
Les ONG devrait être clairement plus contrôlées pour éviter toutes dérives. Mais il faut également dépenser de l'argent pour ces contrôles... En gros les ONG doivent dépenser de l'argent pour recruter de nouveaux soutiens et certains organismes public devraient en dépenser également pour les contrôler? Beaucoup d'argent gâché par rapport au but final des ONG, non?
De ah oui
ah bon | 14H01 | 10/11/2009 |
Cet article a le mérite de nous éclairer sur un marché qui préfère sans doute la discretion, celui de la collecte de dons.
Or, en lisant les commentaires sélectionnés, j'ai l'impression qu'il y a une certaine confusion entre fonctionnement interne des ONG, récolte de fonds, et prestataire de services... Ca vire facilement au "tous des pourris en rayban qui bourrent sur les routes du soudan en 4x4"
Il me semble en effet que cet article ne traite pas du fonctionnement interne des ONG (ce pour quoi - comme ca été dit tres justement - elles sont régulièrement contrôlées) mais justement du marché généré par les dons, au sein duquel agissent des entreprises tout ce qu'il y'a de plus classiques.
la première de toutes (même peut être la seule en France?) étant ONG conseil
comme l'indique l'article, il s'agit d'une SARL qui sous traite l'activité de récolte de fonds (liste des ONG "clientes" : http://www.ongconseil.com/pa1-associations.html). Ainsi, lorsque vous êtes accostés dans la rue par un démarcheur portant, selon la période, une polaire WWF, un tee-shirt AIDES ou un coupe-vent MDM, il s'agit d'un salarié de ONG conseil, c'est d'ailleurs généralement écrit en tout petit petit sur son badge.
Lorsque vous faites un don à une ONG, quelque chose comme 20% revient à ONG conseil, c'est à dire à un prestataire de service lambda avec un fonctionnement d'entreprise tout ce qu'il y'a de plus classique: des salariés en CDD payés au SMIC (ou un chouilla plus), une flopée de cadres, quelques conflits sociaux et deux patrons qui vivent très très bien de leur gros chiffre d'affaire (et sont donc susceptibles de posséder des raybans et de bourrer en 4x4 dans des jolis paysages, voir plus haut).
On peut alors regretter deux choses:
1) que les ONG n'aient pa su créer une plateforme commune de récolte de dons (SCOP?, association? coopérative?), ce qui aurait évité qu'une partie considérable des dons finissent dans les poches de chefs d'entreprise et ne soient pas dévolues entièrement à l'action humanitaire.
2) que des types peu scrupuleux qui ont acquis leur expérience chez greenpeace aient été assez malin pour créer un marché là où il n'y en avait pas (ce type d'entreprise existe en effet depuis peu de temps en France mais depuis quelques années en grande bretagne)
quelques articles existent sur le sujet:
- http://www.watchediffusion.org/article.php3?id_article=587
- http://www.rue89.com/2007/08/15/les-ong-entre-communication-et-marketing
- http://www.liberation.fr/terre/0101492854-quand-la-solidarite-investit-l...
- http://laurenceremila.blogspirit.com/archive/2007/01/22/vendredi-c-est-s...
Ce qui est remarquable, c'est que comme ici, ces articles génèrent un flot de commentaires manichéens qui oscillent entre "les ONG, c'est des américains qui veulent gouverner le monde mais qui s'en foutent des pauvres tu vois" et "celui là qui critique les ONG, c'est celui là qu'il est aigri et qu'il est pas généreux". il est pourtant légitime de ne pas agréer que les dons et l'engagement humanitaire soient vendus comme des slips
la meilleure solution reste donc d'envoyer directement ses dons aux ONG qu'on soutient sans passer par l'entremise de vendeurs de charité
De timsalze
Étudiant | 20H34 | 09/11/2009 |
Je ne vois vraiment pas se qu'il y a de scandaleux quant à l'utilisation de tels procédés.
En tant qu'ONG, il est normal de vouloir maximiser les recettes affin d'avoir plus de fonds et un rayon d'action plus important. Le marketing et la recherche de dons est une étape normal de ce processus.Ce procédé est même d'autant plus intéressant qu'il permet d'obtenir un revenu stable à court ou moyen terme et donc de préparer des programmes sur le long terme, certain programmes importants, notamment dans le développement économique, pouvant durer plus d'une dizaine d'année.
Quant au fait que les personnes recrutant des donateurs ne soient ni des militants ni des bénévoles, cela ne me semble en rien choquant. Je ne vois pas l’objet de la polémique, l’accès à du personnel formé et sélectionné me semble une raison suffisante pour faire appel à cette entreprise.
Je voudrais aussi ajouter que les ONG se doivent de faire preuve d’efficacité dans leur travail afin de mener à bien leur projet le plus rapidement et de manière la moins onéreuse possible. Pour cela les ONG ont parfois moins besoin de personnes sans qualification partant avec l’ambition de sauver le monde que de professionnels extrêmement qualifiés.
En dernier lieu, si je devais donner un seul conseil aux personnes désirant partir à l’étranger afin d’aider une ONG, se serait de se renseigner quant aux postes disponibles avant le départ.
De valentin59
étudiant | 21H16 | 10/11/2009 |
C'est assez consternant de voir à quel point l'acharnement envers le milieu associatif, et particulièrment les ONG, n'a pas de limites.
J'ai moi même était "recruteur de donateurs", et je suis fier de pouvoir dire que j'ai travaillé pour une entreprise (ONG conseil, citée dans l'article) qui se targue d'un minimum d'éthique. La sincérité et le respect des valeurs des associations étant en permanence défendu. (Exemple pour AIDES : "ne jamais cacher une partie de l'activité comme le programme d'échange de seringues sous pré&texte qu'il pourrait choquer une partie du public (ou publique cf M. Estrosi)")
Certes c'est un système ambigu, où l'on ne sait plus si notre rôle est de faire vivre une entreprise dans tout ce qu'elle à de besoin de rentabilité et de profit ou alors d'être la "vitrine" des assos concernés. Le terme vitrine est finalement bien approprié car si ces méthodes paraissent choquantes elles ne sont que celles utilisées par les industriels, commercants et autres vendeurs de rêves.
C'est finalement une approche pragmatique de la situation. Si l'on peut parler de professionalisation de l'humanitaire avec ce genre d'initiatives, on peut également se rendre compte que celle ci est essentielle et permet une meilleure action globale et solidaire.
Je suis actuellement "en froid" avec ONG conseil pourtant je continuerai à défendre ce système ambigu sur bien des points mais efficace et réaliste.
Et si on laissait les assos aider chaque année des millions de personnes, panser les plaies du système et participer à la création d'un monde solidaire et "meilleur"?
PS : Ce n'est pas parceque l'on est (grassement) payer que l'on ne s'investit plus dans son métier et que l'on ne croit plus aux causes que l'on défend.