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Speed dating avec Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix
Par Zineb Dryef | Rue89 | 07/02/2010 | 13H58
L'inventeur du microcrédit rencontrait journalistes et blogueurs à Paris, lors d'une séance contrôlée de près par Danone.

Une rencontre éclair, un blogueur audacieux rembarré pour avoir tenté de poser deux questions, une séance « photo souvenir » à la fin de l'entretien, des fans tentant de l'approcher et lui réclamant des autographes, le passage jeudi de Muhammad Yunus en rock star au Grand Rex, à Paris profite-t-il au débat sur le micro-crédit ?
« Vous, vous voulez l'interroger sur ses impressions lors de son séjour à Paris ? » Avant la rencontre, la question de l'attachée de presse de Danone nous avait un peu surpris, à la rédaction. Merci, mais on voudrait plutôt l'interroger sur les questions que soulève le micro-crédit, et ses risques de dérive.
A la fin de la rencontre, une photo souvenir pour les « interviewers »
Pour approcher le prix Nobel de la paix et fondateur de la Grameen Bank à l'occasion du point presse « nouveaux médias » organisé par Danone à l'issue d'un débat au Grand Rex, je ne devais donc ne poser qu'une seule question, envoyée à l'avance. La séance n'aura duré que neuf minutes… (Voir la vidéo, en partie en anglais)
C'est donc Danone qui organise l'opération. Logique : Muhammad Yunus a créé avec le groupe en 2006 la Grameen Danone Food, une usine de yaourts « sociale », dans le Nord du Bangladesh.
« Danone Communities a organisé cette soirée. Ils n'ont pas de service presse, on s'en est donc chargé », répond Marie-Liesse Calmejane, responsable des relations presse de Danone. L'envoi des questions à l'avance ne constituait pas du tout, selon elle, une volonté d'éviter les critiques :
« Ce n'était pas du tout une volonté de validation ! Il y avait peu de temps, c'était juste une question d'organisation, pour éviter des frustrations et pour que tout le monde puisse poser sa question. »
Interrogé sur sa relation avec Danone, Muhammad Yunus répond :
« On me demande souvent si Danone m'utilise, mais c'est moi qui utilise Danone. Avant de travailler avec eux, personne ne connaissait le “social business”, maintenant tout le monde sait ! »
« Il y a un “black out” sur les dérives du microcrédit »
Alors que Muhammad Yunus est devenu la figure du micro-crédit, dans les ONG attachées à son développement, on s'inquiète que le « Yunus Show » n'éclipse les interrogations de ce secteur en développement.
Un responsable d'une ONG de micro-crédit s'inquiète du silence du prix Nobel sur les risques de dérives du microcrédit :
« Muhammad Yunus a développé le microcrédit, c'est génial mais il y a un “black out” sur les dérives. La clé du microcrédit, c'est le suivi de l'activité économique de ceux à qui on prête.
De plus en plus de prêts sont utilités comme du crédit à la consommation. Il faut faire attention à ne pas se retrouver avec des familles en situation de surendettement.
Beaucoup d'agents d'organismes de microcrédit sont payés à la quantité de prêts qu'ils octroient. Ils les multiplient sans se préoccuper du suivi ! »
Yunus : « Tout le micro-crédit s'en est trouvé sali »
Il préfère que son nom et le nom de son ONG ne soient pas mentionnés. « Ce serait compromettre nos chances de développement auprès de tous ceux qui ne jurent que par Yunus. »
J'ai demandé à Muhammad Yunus si les institutions de microcrédit s'écartaient de leur mission sociale. Sa réponse, qu'on voit dans la vidéo :
« Oui, je suis d'accord avec vous et je m'en plains. Le microcrédit est devenu populaire, tout le monde l'a apprécié et certains ont exploité cette popularité dans leur propre-intérêt. Ils ont commencé à mal l'utiliser, à en abuser.
Et tout le micro-crédit s'en est trouvé sali. Ce n'est plus très clair. Il faut qu'on trace une ligne. Qu'est-ce qui est du ressort du micro-crédit, qu'est-ce qui ne l'est pas. Cette ligne doit être déterminée clairement. »
Photos : Muhammad Yunus au Grand Rex, à Paris, jeudi (Audrey Cerdan/Rue89)

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De willdub
sceptique | 16H32 | 07/02/2010 |
Oui, mais il y a aussi de lourdes dérives, comme le mentionne d'ailleurs très succinctement l'article. En effet, de nombreuses femmes utilisent ce crédit comme un crédit à la consommation car les prêts se font à partir d'engagements oraux et les contrôles, compte-tenu de sa popularité, sont loin d'être suffisants.
En conséquence, ces femmes ouvrent d'autres crédits pour combler le premier et risquent, à court terme, le surendettement.
D'autre part, les taux fixés sont très élevés (20%) et donc de loin supérieurs aux taux du secteur bancaire traditionnel.
Ce n'est pas un hasard si de nombreuses sociétés, qui n'ont rien de philanthropiques, s'intéressent à ce système.
J'espère donc, comme l'espère Muhammad Yunus, qu'à l'avenir, ce secteur sera mieux contrôlé (soyons utopistes !) et que ces crédits ne deviendront pas les subprimes du pauvre.