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Stratégie industrielle : de curieux silences !
Par Gilles Le Blanc | Economiste | 13/07/2009 | 10H13

Il est de curieux paradoxes. On n'avait pas autant parlé de l'industrie, de l'urgence et la nécessité d'une politique industrielle depuis longtemps. L'importance de conserver en France des activités productives, des usines et les emplois ouvriers associés est soulignée avec une rare unanimité par tout l'échiquier politique. Pourtant, lorsque ces dernières semaines, des changements stratégiques majeurs touchent trois des plus grandes entreprises industrielles françaises dans l'électronique, l'armement et le nucléaire, c'est… le silence !
Le risque de faillite de Thomson, le rachat par Dassault de la part d'Alcatel dans Thales, le changement de périmètre et l'ouverture du capital d'Areva sont presque passés inaperçus. Pas de grand débat polémique, pas d'argumentaire offensif du gouvernement pour illustrer sa volonté affichée de politique industrielle, pas de critique de l'opposition sur la dimension politique de ces opérations.
Le paradoxe est d'autant plus troublant qu'il s'agit de trois représentants emblématiques des « champions » nationaux publics, objets par le passé de débats souvent passionnés (souvenons-nous du « Thomson ne vaut rien » d'Alain Juppé) et dont la forme actuelle résulte de décisions successives des gouvernements de droite et de gauche depuis quinze ans. Il y aurait pourtant beaucoup à dire, analyser et discuter. Donnons rapidement quelques repères pour situer les enjeux.
Aucun discours cohérent autour de Thomson, Thales et Areva
Le premier cas, Thomson, ancienne branche électronique grand public de Thomson-CSF aujourd'hui au bord de la faillite, est un problème d'orientation stratégique. Le groupe bénéficie d'une expertise technologique de premier plan, a conduit un difficile recentrage sur les activités électroniques professionnelles, mais il n'a pas réussi à nouer les indispensables alliances industrielles et à consolider son actionnariat pour devenir un véritable acteur mondial dans la concurrence globalisée.
Quant à Thales, spécialiste des systèmes de défense et de sécurité, Alcatel qui détenait depuis dix ans 20% du groupe souhaitait céder cette part pour répondre à d'urgents besoins financiers internes. Malgré l'opposition de son PDG qui avait mené une stratégie saluée par tous depuis dix ans, elle a été acquise par Dassault sous l'égide de l'Etat à l'issue d'une négociation secrète et sans mise en concurrence. L'opération soulève de nombreuses interrogations : quelles synergies industrielles offre-t-elle ? Va-t-elle déboucher à terme sur une prise de contrôle par Dassault, comme de nombreux indices concernant le terme du pacte d'actionnaires et la possibilité de droits de votes doubles le laissent deviner ? Ne risque-t-elle pas d'être interprétée par ses partenaires et clients européens comme une reconstitution d'un champion français et une re-spécialisation armement du groupe ?
Enfin, le champion du nucléaire national Areva réclamait depuis longtemps une ouverture de son capital pour disposer des ressources financières indispensables à son développement et tirer profit de la vague d'équipement nucléaire en cours dans le monde. Mais, en autorisant récemment cette opération, le gouvernement qui contrôle le groupe n'a rien dit sur les critères de sélection des investisseurs qu'il compte appliquer, ni les engagements qu'il pourrait demander par exemple en matière d'effort dans les énergies renouvelables.
De plus, la décision s'accompagne d'une série de cessions qui vont réduire de 40% le périmètre d'Areva, y compris des participations minoritaires dans des entreprises comme Eramet dans lesquelles le groupe jouait un rôle explicite de politique industrielle nationale. Que vont devenir ces participations ? Comment les nouveaux actionnaires seront-ils choisis ?
Numérique, défense et énergie : quelle politique industrielle ?
Face à ces incertitudes et interrogations, on comprend que le gouvernement éprouve quelques difficultés à construire un discours cohérent de politique industrielle autour de ces décisions. Mais, concernant le numérique, la défense et l'énergie, trois domaines reconnus par tous comme des enjeux industriels, stratégiques et sociaux majeurs, le silence du Parti socialiste ne laisse pas d'étonner : pas de communiqué, pas de question au gouvernement, pas de critique, pas de proposition alternative !
Pourtant, l'identité des actionnaires privilégiés par le gouvernement, l'évolution future de groupes clés de notre économie qui résultent dans une large part de décision des gouvernements Rocard et Jospin, ainsi que les orientations de politique industrielle que toutes ces décisions révèlent mériteraient à l'évidence un débat critique argumenté. On ne peut que souhaiter que la volonté affichée d'un travail sur le fond ainsi que les intentions revendiquées en matière de politique industrielle se matérialiseront prochainement dans une vision politique structurée et des propositions concrètes sur l'avenir de l'industrie dans notre pays.
Photo : panneau Areva à l'entrée du site de Tricastin (Sebastien Nogier/Reuters).
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De jmc06
retraite | 10H17 | 13/07/2009 |
Aucun discours cohérent autour de Thomson, Thales et Areva
zont pas l'temps,ils préparent les env'llopes
De gribouillemoqueur
12H49 | 13/07/2009 |
Qu'attendre d'un gouvernement qui croyait encore avant la crise qu'il n'existait plus d'usines en France ? (c'est dire le niveau d'expertise de nos fameuses élites)
On rappellera quand même que la part de l'industrie dans le PIB français est stable depuis 30 ans.
De Libelluless
13H56 | 13/07/2009 |
C'est simplement le résultat d'une forme de lobby particulièrement efficace : la famille Dassault n'est elle pas dans l'hémicycle ?
Et puis demander l'avis du peuple, vous n'y pensez pas ! La gauche caviar a dû goûter aux plaisir des yachts et des rémunérations déconnectées de son électorat, une gauche ambidextre qui pense comme ses pieds ! Grand merdier en 2012.