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Iran : emprisonnée pour avoir brisé les tabous sur la sexualité
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 21/06/2009 | 19H12
Peintre et cinéaste vivant à Paris, Mitra Farahani a été arrêtée cette semaine à sa descente d'avion à Téhéran, ont confié ses amis à Rue89. Elle s'est comme jetée dans la gueule du loup en rentrant dans son pays, dont le régime la surveillait étroitement depuis deux ans.
Ses proches ont tout de suite compris lorsqu'ils ont reçu l'email codé d'un ami iranien qui l'attendait à l'aéroport d'où elle n'est jamais sortie : « La peintre est partie se reposer à Evin », était-il seulement écrit.
Ce que les religieux lui reprochent ? Essentiellement »Tabous », sorti en 2004, un film sur le désir sexuel et les frustrations de la société iranienne, qui a connu un grand succès clandestin en Iran. (Voir la bande annonce, en persan sous-titré)
Dans une interview au journal Elle à l'époque de la sortie du film, elle déclarait :
« Absolument tout le monde a une double vie à Téhéran. Et tout le monde sait que tout le monde a une double vie ».
L'intimité sexuelle des Iraniens, cette artiste de 34 ans la scrute depuis des années. Pour ses peintures, depuis les Arts déco qui l'ont amenée à Paris en 1998. Et pour ses films, depuis son premier documentaire, « Juste une femme », les premiers pas de la vie d'un homme devenu femme.
Elle y raconte comment, dans une société où il est impossible de vivre son homosexualité, changer de sexe est parfois la plus simple des solutions, adoptée par de nombreux gays sans que personne n'en parle. Ce documentaire, primé par un Teddy Award au festival de Berlin (2002), fut très remarqué par la critique et lui permit de réaliser un premier long métrage à 28 ans.
« La plupart des cinéastes s'autocensurent »
« Tabous » a la particularité d'être un documentaire entremêlé de scènes de fiction. Pour ces dernières, des acteurs français (dont Coralie Revel) se prêtent à un conte érotique, sur un poème du XIXe siècle d'Iraj Mirza, dont l'oeuvre n'a plus droit de cité depuis la révolution islamique.
Avoir osé filmer une femme nue sur la terre sacrée d'Iran, voilà qui vaut sans doute à Mitra Farahani d'être aujourd'hui en prison. Car aucun cinéaste n'était allé aussi loin dans la transgression. 
Producteur de « Tabous », Cyriac Auriol se souvient de la réaction du milieu :
« La plupart des cinéastes s'autocensurent, mais elle n'est pas du tout sensible à cela. Des réalisateurs ont pu craindre que ce film leur vaudrait d'être encore plus contrôlés à l'avenir, comme si la liberté qu'elle s'accordait risquait de menacer la leur. »
C'est surtout Mitra elle-même qui a commencé à être inquiétée. Pas immédiatement, puisque pendant trois ans après la sortie de son film, elle continue ses aller-retours réguliers entre Paris et Téhéran. Jusqu'à ce qu'en 2007, trois personnes ayant collaboré à « Tabous », pistés par les services secrets, soient arrêtés.
Longuement interrogés sur leurs liens avec Mitra Farahani, ils sont finalement relâchés mais ont compris le message qu'ils avaient à lui transmettre. Sans qu'aucune « fatwa » soit officiellement prononcée, elle comprend qu'elle a intérêt à ne pas remettre les pieds en Iran.
« Enfermée en France »
Un ami témoigne de son état d'esprit et de ce qui a pu l'amener à prendre ce risque fou :
« Le fait de ne pas savoir ce que lui voulait le régime était très pénible pour elle. Elle se sentait enfermée en France, même si, après avoir été clandestine, elle venait d'obtenir une carte de séjour.
Récemment, elle venait de terminer le scénario de son prochain long métrage, Le Coq, encore un film sur le désir, et se passionnait pour l'élection, elle qui ne parle jamais de politique. Même si les élections ne se sont pas déroulées comme prévu, elle a maintenu le scénario qu'elle avait en tête : rentrer. Ses amis lui en veulent un peu d'avoir fait une aussi grosse connerie. »
A la descente d'avion, le suspense a pris fin. Dès qu'elle a montré son passeport, elle a été conduite dans le bureau de la police, où elle reste deux jours. Le fils d'une amie qui avait voyagé avec elle a pu prévenir l'entourage.
Puis, elle a été transférée à la prison d'Evin, celle-là où sont réunis pas mal de prisonniers politiques, comme la journaliste américano-iranienne Roxana Saberi, récemment libérée.
Le réalisateur iranien Bahman Gobadi a été emprisonné une semaine à son retour du festival de Cannes, début juin, probablement pour avoir dénoncé la répression qui frappe de jeunes musiciens.
Le cas de Mitra Farahani est peut-être plus délicat aux yeux des mollahs, puisque dans son film, même si elle donne la parole aux religieux, elle brise des tabous plus actuels que jamais.
Son sort dépendra de l'issue de la révolte en cours. Mais si le régime aujourd'hui menacé venait à se raidir, elle pourrait en faire les frais.
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De mauser
20H14 | 21/06/2009 |
Bravo et belle leçon de courage. Son cas est grave elle dit la vérité et ça aucune dictature n'aime et en plus elle parle de sexe à nos politique c'est déjà limite ou limité. Mais à une version anabolisé et barbu de nos corbeaux c'est de l'inconscience la réaction était prévisible
Maintenant reste à voir comme l'affaire va se solder.
De micke
utopiste | 20H48 | 21/06/2009 |
et c'est zorro mousavi blanc bonnet qui va la sauver donc ?
z'avez plus qu'à lancer une énorme campagne média et faire du lobbying auprès de nos marchands d'armes et de pétrole western pour qu'il fasse pression sur votre héros, parce que sinon, au risque de vous décevoir, c'est clair à 2000%, votre copine, le mousavi il va la laisser dans la zonzon
plus objectivement elle sera bientôt expulsée (si ils la voulaient vraiment en prison, ils ne l'auraient jamais laissé partir en 1er lieu), que ce soit par mousavi ou ahmadine, une fois que les orthodoxes se seront calmés à son sujet.
en plus elle est peut-etre bien plus en sécurité en prison que dans la rue…
et oubliez pas de suivre le sujet tant qu'à faire, sinon ça s'appelle de l'opportunisme, voir, oué encore, de la propagande votre article
De lancetre
22H27 | 21/06/2009 |
Bon, revenons à l'essentiel.
Une cinéaste a été interpellée par la police à sa descente d'avion.Elle n'a pas réapparu depuis.
Que lui reproche-t-on ? Aucune information n'est donnée par les autorités.
Où se trouve-t-elle ? Nul ne le sait.
Combien de temps va-t-elle y rester ? .
Même réponse.
Ces faits suffisent à caractériser un Etat policier, qui pratique des arrestations arbitraires, et fait disparaitre ses opposants.
L'article est donc légitime,et les commentaires qui tentent piteusement d'excuser la dictature iranienne sont ineptes.
De EulChe
Humaniste hère | 02H33 | 22/06/2009 |
Il manque peut-être une petite perspective géo-politique à l'article sur cette arrestation.
Le Guide suprême Khameneï a, dans son prêche de vendredi, accusé des pays occidentaux de soutenir, voire d'avoir organisé, le mouvement actuel, un peu à l'image de ce qui a pu se passer en Europe et Asie centrale ces dernières années (Georgie, Ukraine, etc).
Il n'a surement pas échappé au régime iranien que les mouvements qui ont eu lieu dans ces pays étaient organisés (logistique, etc), par une partie de la société civile, souvent jeune, et formée par des organisations US telles que NDI, la NED ou RTI, soit dans leur pays, soit à l'étranger.
Il semblait donc évident depuis le début du mouvement que les iraniens vivant à l'étranger et qui rentreraient en Iran ces jours ci seraient particulièrement surveillés. Voire arrêtés pour ceux déjà repérés comme « agitateurs ».
De Christie49
(artiste) | 07H56 | 22/06/2009 |
J'ai aimé cet article car on entrevoit la formidable liberté qui rêgne dans ce pays, les commentaires qui suivent sont parfois interessant, d'autres sont de simples desinformations pour briller dans la contradiction, mais au fond ce qui se passe dans ce pays, leur sexualité et leur religion je m'en fou. C'est triste pour eux, tous frustrés qu'ils sont de plus pouvoir baiser comme ils veulent. J'ai aimé cet article simplement car il rappelle que nos libertés fondamentales sexuelles, politiques sont très fragiles. Nous sommes toujours nivellés par le bas, et ceux qui parlent le plus, justifient tout, donnent des exemples, contredisent les verités flagrantes aimeraient que nous pensions comme eux. Mais ce n'est pas le cas.Vive l'homosexualité, vive l'heterosexualité, vive la nature, les oiseaux, les enfants, vive la liberté et l'amour, et que les donneurs de leçon s'enferment tous au fond d'une profonde grotte pour expier leurs frustrations avec leur religion boulet.
De ami de elle
cineaste | 08H35 | 22/06/2009 |
Cher philou, on parle de quelqu'un qui est en prison.
sa situation est délicate.
les info sont difficiles à obtenir.
les sources sont sous la pression de ceux qui la détienne.
ça n'est pas un article complet je suis d'accord, mais faire un article complet n'est sans doute pas possible ou dangereux pour Mitra Farahani.