Explicateur

Le plan de sauvetage britannique peut-il marcher ?

Par Pascal Riché | Rue89 | 08/10/2008 | 11H20

Le gouvernement britannique a annoncé le plus grand plan de sauvetage bancaire jamais conçu, en investissant au capital de huit des plus grandes institutions financières du royaume et renforcer ainsi leurs fonds propres : Abbey, Barclays, HBOS, HSBC, Lloyds TSB, Nationwide Building Society, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered.

Le trésor britannique achètera de nouvelles actions émises par ces banques, jusqu'à 50 milliards de livres (64 milliards d'euros) et il apportera sa garantie à des emprunts qu'émettraient ces banques, à hauteur de 250 milliards de livres (322 milliards d'euros). Enfin, il double le montant des liquidités apportés au système bancaire par la banque d'Angleterre (elles passent de 100 à 200 milliards de livres).

Quel est l'objectif du gouvernement anglais ?

Au coeur de la City, une des Mecque de la finance mondiale, les établissements britanniques sont les plus fragiles d'Europe : ils sont très impliquées dans le domaine de la banque d'investissement et de marché. L'effondrement de la confiance dans le système risque de les balayer.

Pour les sauver, le gouvernement britannique tente de restaurer la confiance « d'un coup », par ce megaplan. Il s'agit à la fois de renforcer les fonds propres des banques (donc leur solvabilité) et de dégripper le marché interbancaire (sur lesquel les banques se prêtent chaque jour de l'argent à court terme) : rationnellement, parie le gouvernement, il n'y a aucune raison de ne pas avoir confiance dans les banques britanniques.

Mais est-on vraiment dans la rationalité ?

S'agit-il d'une nationalisation des banques ?

Le gouvernement ne prendra pas forcément le contrôle des banques en question, même si celles-ci perdront de facto une partie de leur liberté d'agir.

On peut à la rigueur parler de nationalisation partielle et provisoire. Mais on ne sait pas encore combien l'Etat prendra, en pourcentage, dans le capital de ces huit banques. Cela dépendra de leurs demandes et de leurs besoins. Mais ces participations pourraient être importantes, étant donné qu'à la bourse, les actions de ces banques ont chuté.

Ces actions achetées ne sont pas assorties de droit de vote : le chancelier de l'échiquier, Alistair Darling, a bien précisé qu'il ne s'agissait pas pour le gouvernement de diriger les banques (comme se fut le cas lors de la nationalisation, au début de l'année, de Northern Rock).

Qui va payer ces titres ? Le contribuable ?

L'achat de ces titres sera financé par des emprunts, donc par une augmentation de la dette publique. Si l'affaire tourne mal, c'est le contribuable de demain qui paiera les pots cassés. Si cela tourne bien, les actions seront revendues avec une plus-value confortable.
En attendant, les actions « préférentielles » achetées par le trésor ne lui permettent pas de se voir verser des dividendes, mais un taux d'intérêt fixe. Elles sont dites « préférentielles », parce que ce taux d'intérêt doit être versé avant la distribution des dividendes aux actionnaires.

L'opération britannique était-elle concertée avec les Européens ?

Il ne semble pas. Christine Lagarde, ministre français de l'Economie, a publié un communiqué pour se féliciter (« Ces mesures sont conformes à la doctrine d'intervention arrêtée le 6 octobre par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne et précisée par les ministres des Finances lors du conseil Ecofin du 7 octobre »). Mais Bercy ne parle pas de coordination.

Le Premier ministre britannique Gordon Brown a de son côté « invité » mercredi matin les autres pays de l'UE à adopter un « plan européen de financement » du système bancaire. Il a précisé en avoir parlé en début de matinée à Nicolas Sarkozy.

Et ça va marcher ?

Qui sait ? Il faut l'espérer, en tout cas : si cela marche, les contribuables britanniques auront fait une bonne affaire sur le dos des actionnaires des banques. Si cela ne marche pas, la crise s'aggravera au détriment de tous les citoyens.

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de Yann Moulier Boutang

De Yann Moulier Boutang

Professeur d'économie | 12H16 | 08/10/2008 | Permalien

Si l'on additionne l'ensemble des interventions au niveau national de chacun des Etats-membres de l'Union européenne l'on dépasse largement le plan Paulson.
Le problème est qu'à côté des mesures traitant de la solvabilité des banques (pas de leur liquidité, car il n'y a pas de problème de liquidité, c'est le leçon apprise par la crise de 29 et inscrite dans les chromosomes des banques centrales) comme nationalisations partielles, rampantes, totales, trans-européennes, les mesures de garantie des dépôts sur les comptes ( essentiellement les dépôts liquides, les obligations n'étant pas concernées tant que l'Etat ne fait pas banqueroute ou plus insidieusement recourt à une inflation très forte) ont aggravé la crise de la bourse.
Devant une chute forte et l'incertitude de longue durée, les épargnants et les agents disposant de portefeuille d'actions sont alors incités à vendre avant que dixc jours de chute de 10 % n'ait réduit la valeur de leur portefeuille à zéro.

Le gouvernement américain s'est bien gardé de garantir les dépôts en argent liquide.

Derrière tout cela, les mesures des gouvernements nationaux se heurtent au fait que la BCE n'a pas de pouvoir pour intervenir sur la solvabilité des banques. Trichet l'a fort bien expliqué.

Tant que les décisions de politique économique, fiscale, budgétaires, industrielles se prendront au Conseil des Ministres avec la règle stupide de l'unanimité, ( c'est la règle des confédérations) l'Euro ne pourra pas prétendre pallier le risque systémique d'un effondrement du dollar et d'une crise monétaire

Les marchés (dont les fonds souverains, les hedges funds)
comme les banques centrales chinoise, japonaise l'ont compris.

Seul un choc politique de nature à faire passer la confédération européenne des Etats Nations à un Etat fédéral européen et indiquant clairement par des mesures allant dans ce sens sera capable d'arrêter la crise de crédit donc de confiance.

Portrait de grorick

De grorick

21H44 | 08/10/2008 | Permalien

Le plan britannique est LA bonne réponse : les augmentations de capital répondent à la question de l'ampleur des fonds propres face aux engagements, la garantie sur les emprunts des banques permettra de faire face aux besoins de refinancement.

Ce plan est beaucoup plus habile que de vouloir racheter les actifs dits toxiques pour lesquels la question du prix d'achat demeure entière.

Par ailleurs, ces mesures constituent une forme de « punition » pour les actionnaires qui seront dilués (la plupart des salariés des banques soit dit en passant …).

En l'occurrence le gouvernement britannique n'avait pas le choix : si la City s'écroule ce sera l'enfer pour le pays.

A mon sens la crise actuelle ne marque en aucune mesure la fin du capitalisme ni du libéralisme. J'ai été frappé de lire dans de nombreux articles qu'Hayek avait tort et que les économistes libéraux étaient des imbéciles.

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