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Gérant d'une « très petite entreprise » (TPE) spécialisée en informatique industrielle dans la région toulousaine, Sébastien Ruaux nous a envoyé ce témoignage illustrant à quelle vitesse la crise peut mettre une petite structure au bord de la faillite. Si les banquiers ne sont pas coopérants.
Notre société Cyberdream réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires (360 000 euros sur l'exercice 2007) dans les systèmes de sécurité informatique des entreprises, et en appoint, dans la vente et le dépannage aux particuliers. Elle a compté jusqu'à deux employés en plus de moi.
Pour nous, la crise n'a pas commencé en septembre 2008 mais à l'été 2007 et a eu un impact dès janvier 2008 : nos donneurs d'ordre n'arrivant plus à conclure des contrats dont nous pourrions être les sous-traitants. Résultat des courses, le chiffre d'affaires dans les projets d'infrastructures a plongé de 60% en moins de trois mois. Je dois licencier deux personnes à six mois d'intervalle et le patron que je suis, après des années au SMIC, ne s'est plus versé de salaire depuis un an.
Bien sûr, je continuai toujours pendant ce temps à m'acquitter de mes cotisations (RSI, URSSAF, ASSEDIC, TVA, taxe professionnelle, et autres) Pour minimiser l'impact de la crise, j'ai réorienté mon activité vers le marché des particuliers, conseillé en cela par mon expert-comptable et un conseiller du tribunal de commerce.
10 000 euros de frais facturés par ma banque
Avec mes clients professionnels, j'ai réussi à négocier un paiement à trente jours avec règlement le 10 du mois suivant. Mais les découverts de ma banque, auparavant facturés 8,2% ont grimpé de ce fait à 12,9%.
Arrivant à la limite de mon maigre découvert autorisé (10 000 euros en ligne d'achat et 5 000 euros de facilités de caisse), je me suis ainsi retrouvé régulièrement en difficulté pour honorer les commandes de mes clients ou dans des délais trop importants, ce qui m'a fait perdre ma crédibilité durement acquise en cinq ans.
J'ai eu beau, à de multiples tentatives, tenté de négocier l'assouplissement de mes lignes de trésorerie, rien n'y a fait : mon ancienne banque, le Crédit Mutuel, nous a facturé 10 000 euros de frais divers sur une année de fonctionnement (aggios, frais de dépassements, de forçages, de courriers, de rejet de chèques). Une somme qui aurait pu me servir soit à sauver un emploi, soit à survivre le temps de la crise.
Le PNF, paiement échelonné, une arme dangereuse
Je me suis cru sauvé le jour où j'ai découvert le [1] le paiement en trois ou quatre fois sans frais. Une facilité que le commerçant que je suis aurait tort de refuser à ses clients, mais qui s'est retourné contre moi assez rapidement.
En effet, ce produit permet au consommateur d'effectuer le premier règlement le jour de l'opération et de se faire débiter les deux ou trois mensualités résiduelles aux dates anniversaires mensuelles de l'achat. Le principe est simple : il suffit de fournir une carte bleue, un R.I.B. et une carte d'identité, pour être autorisé à repartir avec un bien réglé en maximum quatre fois sans frais avec un taux d'intérêt à 0% pour le client.
Mais pour moi, c'est une autre histoire : abonnement mensuel de 50 euros au terminal de paiement, commission de 2,5% sur la transaction globale et les frais de télécollecte de 0,8% de plus sur la première mensualité.
Bonne nouvelle : j'obtiens quand même sous quinze jours le solde amputé des 2,5% dévolus à la banque Sofemo (groupe CIC/CM). Mauvaise nouvelle : la crise du crédit à la consommation se retourne contre moi. Le chômage augmentant, les crédits à la consommation ne sont plus honorés par les particuliers. Le point critique est que les banques, déjà appauvries, ont décidé de se refaire sur le dos des commerçants : ils sont les seuls responsables en cas de défaillance du payeur.
L'enfer, c'est les banques
Utilisant le PNF depuis cinq ans et sans problème avec mes clients, quelle ne fût pas ma surprise en découvrant mon premier rejet de paiement. Pendant une semaine, je tente de mener l'enquête face à l'omerta bancaire, je me fais rabrouer par mon agence qui m'accuse d'avoir un “fonctionnement de compte en dents de scies” puis me lance carrément : “Je ne sais pas comment ça marche ce truc.”.
[2]La banque me convoque pour signer un papier afin de remettre en route le PNF. Quelle n'est pas surprise de découvrir un avenant au contrat. J'ai cru à un canular de mon banquier. En résumé, la banque essayait de se défausser de son rôle de preneur de risque sur le commerçant : en cas d'impayé, c'est le commerçant qui paye.
(voir dans le document ci-contre l'objet de l'avenant)
A l'heure où notre gouvernement et nos amis banquiers racolent de futurs créateurs d'entreprise dans les médias, j'attire votre attention sur le formidable effet levier que, nous patrons de TPEs, pourrions avoir sur la lutte contre le chômage et la précarité si nous n'étions pas placés entre l'enclume étatique et le marteau bancaire.
Nous sommes victime d'un véritable hold-up financier qui nous laisse exsangues et sans capacité à réagir. Nous n'existons pas, la TPE est considérée comme une PME alors qu'elle devrait bénéficier d'un statut à part. A tous les courageux qui aimeraient créer leur TPE, courage ! L'enfer, c'est les banques.
Links:
[1] http://eco.rue89.com/
[2] http://eco.rue89.com/files/20081202Sofemo.PDF