Economie : la crise temporaire est finie, retour à la crise permanente
Par Hugues Serraf | Chroniqueur | 15/10/2008 | 14H55
Ouf. Tout est bien qui finit bien. Nous allons pouvoir reprendre une inactivité normale…
Je ne suis plus très loin de faire une overdose de « retour de l'Etat » et de célébration lyrique de « l'économie réelle ». D'abord parce que, au moins chez nous, l'Etat n'est jamais vraiment parti, mais surtout parce que je n'ai pas la moindre idée du périmètre de cette fameuse « économie réelle ».
Bon, j'ai entendu le discours de Nicolas Sarkozy au salon de l'auto la semaine dernière, et je subodore qu'il s'agit d'une référence aux chantiers navals, à la production laitière et à la vente de baguettes aux six céréales -« vraies » choses fabriquées par des « vraies » gens aux mains calleuses et au visage buriné.
Mais quid de la banque, de l'assurance, de l'informatique, du tourisme ou même de l'information ? C'est encore du réel réel tout ça ?
Des bulles qui se dégonflent, il y en avait déjà eu dans le passé
Tout le monde semble s'être réveillé altermondialiste, ce matin. La preuve aurait été faite, une fois pour toutes, que la spéculation financière était diabolique, que toutes ces histoires d'échanges immatériels étaient une impasse et qu'il fallait à nouveau se concentrer sur ce « qui ne ment pas », comme disait l'autre…
J'espère toutefois que le rebond boursier et le retour d'un minimum de confiance aideront à remettre les choses en perspective. Plus de régulation des marchés, davantage de transparence dans leur fonctionnement, un meilleur contrôle des traders fous et de leurs patrons, de vraies sanctions en cas de dérive, no problemo.
L'idée que la faillite du concept même de capitalisme vienne d'être évitée à coups de milliards d'euros, en revanche, me parait un poil exagérée. Des bulles qui se dégonflent, il y en avait déjà eu dans le passé et il y en aura d'autres.
Et d'ailleurs, puisqu'il existe une économie « irréelle », les milliards de brouzoufs brandis par Brown, Sarkozy ou Merkel sont tout aussi virtuels que les zillions de dollars engloutis ces dernières semaines par le CAC ou le Dow Jones.
On le lit ici ou là, le bordel peut très bien durer encore un peu
Non le gouvernement français ne va pas vraiment consacrer 360 milliards d'euros au sauvetage des nos banques en puisant dans les livrets A de nos RMIstes. Il garantira juste les prêts interbancaires des établissements qui en feront la demande et sera rémunéré pour ça.
Si ça se trouve, il n'aura rien à garantir du tout : il suffit simplement qu'il soit prêt à le faire, à la Paulson, pour rassurer ceux qui ont besoin de l'être.
Cela dit, l'intervention des Etats ne signe pas la fin de nos ennuis. La croissance ne va pas immédiatement repartir à la hausse parce qu'une poignée de leaders européens l'aura décrété. Le chômage ne va pas non plus se mettre à fondre parce que la Société Générale est désormais à l'abri de la faillite : on le lit ici ou là, le bordel peut très bien durer encore un peu.
La seule vraie certitude, en fait, c'est que nous Français en serons exactement au même point une fois le film terminé et les lumières rallumées. Nous serons sortis de la crise temporaire pour revenir à notre crise permanente -au réel, quoi !
C'est presque dommage : les crises temporaires sont tout de même un peu plus rigolotes à commenter.
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De pablico
15H23 | 15/10/2008 |
le temporaire dans une crise, on sait que cela va passer, on s'en fiche quand on a un peu de recul.
Mais le permanent..là, cela va être une autre histoire.
on s'habitue au permanent, qui n'est plus une crise, mais devient une maladie chronique.
si je comprend bien l'article, on va vivre avec une maladie chronique. Est-ce bien raisonnable ? , quand on sait qu'une maladie pourrit une vie, casse le moral et a toujours une issue fatale.
UN ESPRIT SAIN DANS UN CORPS SAIN. n'est plus un but à atteindre ?
cela va être remplacé par un esprit malingre, tortueux , peureux, dans un corps malade.
belle civilisation, et humanité en perspective.
De Humain
15H54 | 15/10/2008 |
Effectivement un truc très marrant est le retour à l'économie « réelle » ! !
Comme dit dans l'article, on a vraiment l'impression que nous étions dans un jeu vidéo.
Il faudrait que Pujadas et Arlette Chabot lisent quelques post de rue89 et de Eco89.
Séquence amusement :
Ecoutez Christine Lagarde (Ecole de Chicago), et écoutez Strauss Khan (Ecole aussi de Chicago)… et comparez les avec Royal, Parisot, Hollande, Bayrou et autre…. Là nous sommes dans le réel !
De Zorro est arrivé
Lecteur | 15H56 | 15/10/2008 |
« La seule vraie certitude, en fait, c'est que nous Français en serons exactement au même point une fois le film terminé et les lumières rallumées. »
Faux.
Nous allons nous retrouver très bientôt en un point situé beaucoup plus en aval. Ça, les amuseurs publics qui nous dirigent ne le disent surtout pas, il ne faut pas effrayer la plèbe.
Le mythe du « pouvoir d'achat » ne sera plus qu'un lointain souvenir. On appellera probablement ce proche passé : les « années folles ».
Paupérisation et décroissance subie sont sur les rails et plus rien ne les arrêtera. Ce n'est pas Nostradamus qui vous prédit ça, mais le simple examen sensé de la situation.
De marabbeh
17H30 | 15/10/2008 |
Si la crise a été évitée (j'en doute, mais bon…), les affaires vont reprendre comme avant. Les banquiers vont peut-être faire un peu plus attention à leurs réserves. Mais je leur donne entre 3 et 6 mois pour reprendre leurs mauvaises habitudes et ils vont nous faire une nouvelle bulle financière d'ici quelques années.
Donc finalement j'espère que la crise n'est pas finie, que les politiques reprennent vraiment la main et qu'on nous concocte un nouvel ordre financier.